Accueil > Femme amoureuse > « Celle que vous croyez », Camille Laurens

Je choisis généralement mes lectures sur un coup de cœur, en me fiant à mon instinct, en furetant dans les bibliothèques, les librairies, en lisant les couvertures, en m’inspirant des recommandations des blogs et des magazines littéraires, me constituant ainsi une belle liste de livres à lire. Bizarrement, j’aime assez peu qu’on m’oriente dans mes lectures ou me conseille. Tellement de livres à lire et si peu de temps : je préfère lire ce qui me plaît, sans me perdre dans les choix des autres.

Et puis, il y a ces auteurs que je suis parce que ce sont eux. Parce que je suis un jour tombé sur un roman que j’ai adoré et j’ai remonté le fil de leur œuvre pour arriver à lire tout ce qu’ils avaient écrit. Bref, je suis devenue fan. Dans cette catégorie, je classe Delphine de Vigan, Carole Martinez, Véronique Ovaldé, Véronique Olmi, Milena Agus, Claudie Gallay … (Tiens donc, que des femmes. Pourtant, je suis loin d’être exclusive). Et chaque fois qu’un de mes auteurs fétiche sort un nouveau livre, c’est la danse de la joie, un nouveau billet pour mon pot de gratitude. Chic !

Camille Laurens fait partie de cette veine-là. Découverte avec Dans ces bras-là, puis, l’Amour, roman et aussi Ni Toi ni moi, elle fait partie des incontournables de ma bibliothèque. Mais cela faisait quelques années que je n’avais plus rien lu d’elle. Vous imaginez ma joie quand j’ai vu son nom à la rentrée littéraire de janvier 2016 ;).

Ce livre fait écho, de par son thème, à ma précédente lecture D’après une histoire vraie. Décidément, entre la réalité et l’imaginaire, les faux-semblants sont à l’honneur en ce moment. Car l’héroïne, Claire est romancière tout comme l’auteur, Camille Laurens. Et se mélangent réelles informations sur sa vie et fiction.

Et quand bien même les faits évoqués se rapprocheraient de la réalité, tout reste une question de point de vue. Ici, la même histoire est relatée sous l’angle des différents protagonistes : Claire, son médecin, l’auteur, l’ex-mari de Claire comme autant de visions d’Elle.

Claire est Professeur. Divorcée. Parce que « L’amour, c’est quoi sans le désir ? ». Elle a 48 ans mais ne s’estime pas pour autant périmée. Elle dénonce et s’insurge à plusieurs moments contre le sort des femmes de plus de 50 ans. Et des femmes plus généralement. Des passages qui font froid dans le dos.

« Les femmes de plus de 50 ans ne sont plus commercialisées, étant impropres à l’usage que veulent en faire les acheteurs. De plus, leur prix ne justifierait pas leur nourriture et le coût du transport pour les acheminer du lieu de capture au marché. Les plus chanceuses se sont converties à l’islam, les autres, la majorité, ont été égorgées. »

«La différence, c’est que tous les hommes ont un avenir. Toujours. Un à-venir. UN avenir sans nous. Les hommes meurent plus jeunes. Peut-être. Mais ils vivent plus longtemps. J’ai lu que sur les sites de rencontres, la frontière entre quarante-neuf et cinquante ans est pour les femmes le gouffre où elles s’abîment. À quarante-neuf ans, elles ont en moyenne quarante visites par semaine, à cinquante ans elles n’en ont plus que trois. Et pourtant, rien n’a changé, elles sont les mêmes, avec un an de plus. Vous connaissez le sketch, je ne sais plus qui, sur la date de péremption des boîtes de conserve : ‘À consommer jusqu’au 25 mars 2014.’ Mais qu’est-ce qui se passe donc au fond de cette boîte dans la nuit du 25 au 26 ? Nous les femmes, nous sommes toutes des boîtes de conserve. Du jour au lendemain, impropres à la consommation. »

« Parce que les mecs n’en ont rien à foutre des femmes mûres. Et tu peux bien faire des thèses et des articles et de la gym. Rester brillante et svelte. Çà ne sert à rien si tu n’es plus cotée à l’argus. »

« Les femmes, que ce soit par la force ou par le mépris, sont vouées à la disparition. »

« Malgré son âge », Claire ne renonce pas à son désir et s’entiche de Jo. Même s’il est pervers avec elle. « Il pouvait vous tuer en un rien de temps, d’un mot, d’un silence. Vous devez savoir que l’angoisse principale des femmes, c’est d’être abandonnées ? Et bien Jo était comme çà … il vous abandonnait dix fois par jour. Il savait où était la faille – les pervers, d’une certaine manière, sont ceux qui connaissent le mieux les femmes – et il y enfonçait le coin de l’absence pour réduire en poudre votre énergie vitale, votre envie de bonheur. »

Pour le surveiller, elle demande en ami sur Facebook un de ses proches, Christophe, pseudo KissChris, photographe de son état. Et pour être sûre qu’il l’accepte, elle ment sur son profil et choisit d’être une jolie jeune femme de 24 ans (Elle utilise une photo de sa nièce). Christophe va s’intéresser à elle puis en tomber amoureux. Et elle aussi. Commence alors entre eux une liaison virtuelle basée sur des messages sur le réseau social et des appels téléphoniques.

« Internet est à la fois le naufrage et le radeau : on se noie dans l’attaque, dans l’attente, on ne peut pas faire son deuil d’une histoire pourtant morte, et en même temps, on surnage dans le virtuel, on s’accroche aux présences factices qui hantent la Toile, au lieu de se déliter, on se relie. »

« A défaut de communier, çà communique. »

« Des hommes comme cela, il y en a de plus en plus, non ? Qui préfèrent imaginer plutôt qu’étreindre, sans qu’on sache toujours si c’est par peur d’être déçus ou de décevoir. »

Une relation qui pousse finalement Claire à s’enfoncer dans le mensonge. « C’est devenu intenable. Je me débattais dans la fiction, je souffrais dans la réalité. » Et la mène à la folie et la réclusion dans un hôpital psychiatrique.

Un roman qui se lit d’un trait et nous tient en haleine au fil de la découverte de son/ses/ces histoires qui se superposent, se complètent et s’imbriquent. Une plongée dans les mirages de l’amour 2.0. Et une belle réflexion sur l’acte d’écrire. Encore et toujours. « Je ne vis pas pour écrire, j’écris pour survivre à la vie. »

Ne vous inquiétez pas, votre adresse e-mail ne sera pas publiée ! Mais les mentions suivies d'un * doivent obligatoirement être complétées.

*