Accueil > Femme inspirée > « D’après une histoire vraie » Delphine de Vigan

Le précédent livre de Delphine de Vigan, Rien ne s’oppose à la nuit, était largement autobiographique et très intimiste, relatant l’histoire de sa famille et plus particulièrement de sa mère, Lucie, sa descente en enfer dans le monde de la bipolarité et son suicide (j’avais beaucoup aimé au moment de sa sortie en 2011).

Dans ce nouveau roman, sorti pour la rentrée littéraire de septembre 2015, l’héroïne, Delphine, (tiens comme l’auteur !) se remet du succès fulgurant de son dernier livre (re-tiens !). Effectivement, « Qu’est-ce qu’on peut bien faire après çà ? » aurait chanté Goldman. « Quelques mois après la parution de mon dernier roman, j’ai cessé d’écrire. Pendant presque trois années, je n’ai pas écrit une ligne ». C’est à ce moment-là qu’elle fait la rencontre d’une certaine L. qui va progressivement prendre une grande place dans sa vie jusqu’à exercer une forte emprise. La suite est captivante, conçue comme un thriller, à la Misery de Stefen King, où un écrivain se trouve aux prises d’une de ses ferventes admiratrices.

« Ce livre est le récit de ma rencontre avec L. L. est le cauchemar de tout écrivain. Ou plutôt le genre de personne qu’un écrivain ne devrait jamais croiser. »

Je ne vous en dirai pas plus sur le contenu, mon seul conseil est de vous laisser engloutir et de profiter de cette belle sensation de n’être capable de reprendre le cours normal de vos activités qu’une fois le roman fini.

Mais sachez que dans cette histoire, se mêlent le vrai et le faux, l’intimité de l’auteure et des faits réels de sa vie (sa relation avec François Busnel, son amitié avec Nathalie Kuperman etc.) et des parts romancées (on imagine ?). Qu’est-ce qui relève de la fiction ou de la vérité ? Le doute plane mais là n’est pas l’intrigue. Juste un jeu qui nous renvoie à la question plus globale de l’acte d’écrire et de l’inspiration.

« L’écriture est une arme de défense, de tir, d’alarme, l’écriture est une grenade, un missile, un lance-flammes, une arme de guerre. Elle peut tout dévaster, mais elle peut aussi tout reconstruire ».

Où trouve-t-on les idées ? De sa vie, de ce que l’on connait ? Et même lorsqu’on décide de relater une histoire vraie, l’angle sera forcément choisi, la réalité sera celle de l’auteur. Avec son parti pris.

« Mais toute écriture de soi est un roman. Le récit est une illusion. Il n’existe pas. Aucun livre ne devrait être autorisé à porter cette mention. »

Coïncidence : alors que j’étais plongée dans ma lecture, j’ai aussi regardé Vie sauvage, film de Cédric Kahn avec Matthieu Kassovitz. Inspiré de l’affaire de Xavier Fortin, ce père, après une séparation douloureuse, a enlevé pendant 11 ans ses deux fils pour mener une vie proche de la nature. Même si le scénariste s’est efforcé de ne pas avoir de parti pris sur l’affaire, il a choisi de filmer la vie sauvage des enfants. J’étais curieuse de savoir comment avait (sur)vécu la maman pendant tout ce temps.

J’ai lu ici et là des critiques sur ce livre, reprochant à Delphine de Vigan de se complaire dans un style où elle expose sa vie. Je répondrai par cette phrase de Stefen King (encore lui !), dans Mémoire d’un métier, écriture:

« Les acheteurs de livres désirent avant tout une bonne histoire à dévorer qui les fascinera au point qu’ils auront envie de tourner chaque page jusqu’à la dernière. Ce qui se produit lorsqu’un lecteur entend clairement l’écho de ce qui est sa vie, de ce qui constitue ses croyances ».

Pari relevé pour d’Après une histoire vraie qui a largement mérité son prix Renaudot et son prix Goncourt des lycéens !

 

 

Commentaires, RSS

  • Emilie

    a commenté:
    5 février 2016 at 14 h 40 min

    Très juste critique de ce livre ensorcelant … Toutes les femmes ayant eu une relation un peut trop fusionnelle avec une autre se reconnaîtront à un moment où un autre …
    Emilie

    • Cécile

      a commenté:
      7 février 2016 at 19 h 17 min

      C’est vrai que j’ai principalement axé ma critique sur le vrai/faux de l’histoire mais il s’agit surtout d’un livre sur l’emprise. Ou comment on peut laisser une autre personne s’immiscer de manière aussi dramatique dans sa vie.

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