Home > Femme engagée > Expérimenter la loyauté selon Delphine de Vigan

Dire que la lecture des « Loyautés » de Delphine de Vigan m’a troublée est un euphémisme. Elle m’a même franchement mise mal à l’aise et les 200 pages du texte ont été très pesantes. J’ai encore eu une nouvelle fois la preuve que nos choix de lectures dressent un portrait de nous plus poignant que tous les journaux intimes que nous pourrions écrire. Ce roman a bouleversé mon cœur d’enfant du divorce et de maman d’un petit homme en garde alternée.

L’histoire est celle de Théo, un garçon de 13 ans, perdu entre une mère dure, distante et un père profondément dépressif, qui noie son mal-être dans des bouteilles d’alcool très fort. Il y a Hélène, sa professeur de sciences qui a senti qu’un mal le rongeait «  Aujourd’hui, je sais quelque chose que d’autres ignorent. Et je ne dois pas fermer les yeux. Parfois, je me dis qu’être adulte ne sert rien d’autre qu’à çà : réparer les pertes et dommages du commencement. Et tenir les promesses de l’enfant que nous avons été. ». Il y a Mathis, le meilleur ami de Théo, et sa mère Cécile, femme au foyer qui vit dans l’ombre de son mari : « Les gens n’imaginent pas qu’une femme au foyer puisse avoir une vie, des centres d’intérêt, et encore moins des choses à dire. Ils n’imaginent pas qu’elle puisse prononcer plusieurs phrases sensées au sujet du monde qui nous entoure, ni être en mesure de formuler une opinion. Tout se passe comme si, la femme au foyer était, par définition, assignée à résidence et que son cerveau, ayant souffert d’avoir été trop longtemps privé d’oxygène, fonctionnait au ralenti. »

Ce charmant quatuor vit donc les uns à côtés des autres et va expérimenter les loyautés, « des liens invisibles qui nous attachent aux autres – aux morts comme aux vivants-ce sont des promesses que nous avons murmurées et dont nous ignorons l’écho, des fidélités silencieuses, ce sont des contrats passés le plus souvent avec nous-mêmes, des mots d’ordre admis sans les avoir entendus, des dettes que nous abritons dans les replis de nos mémoires ».

Je ne vous en dirai pas plus sur le dénouement. L’histoire se lit plus qu’elle ne se raconte. Vous comprendrez que c’est un livre très sombre de Delphine de Vigan, peut-être le plus ténébreux, et ce malgré les sujets déjà peu joyeux de ses autres écrits. Mais malgré l’histoire profondément noire, c’est un plaisir de retrouver sa plume qui sait gratter les douleurs de l’âme.

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