Home > Femme inspirée > « Rien ne s’oppose à la nuit » de Delphine de Vigan

Visage aux lignes parfaites et blondeur angevine : la photo en couverture du livre est la première chose marquante de cet ouvrage. Quand j’ai découvert ce livre, je me suis dit que non seulement Delphine de Vigan avait l’art de narrer des histoires poignantes mais, qu’en plus, elle était très belle… Une amie me prête « Rien ne s’oppose à la nuit » et je lui fais part de mon admiration pour la beauté de l’auteure en couverture: « Ce n’est pas Delphine de Vigan, … c’est sa mère ». Retour sur cette auteure que j’apprécie énormément et rencontre avec le personnage de Lucie.

J’ai découvert Delphine de Vigan en lisant « No et Moi » il y a deux ans. Véritable coup de coeur pour cette écriture fraîche et réaliste, j’avais poursuivi la découverte de son univers par « Les heures souterraines ». Ces deux premiers ouvrages ont été une franche révélation. « Les jolis garçons » et «Un soir de décembre » ont suivi avec une appréciation beaucoup plus mitigée voire une franche déception. Mais c’est souvent le cas lorsqu’on lit a posteriori  les premiers écrits d’un auteur.

L’auteur

Delphine de Vigan est née le 1er mars 1966 à Boulogne Billancourt. Romancière française, elle est l’auteur de :

  • Jours sans faim, éditions Grasset, 2001 ; J’ai lu 2009.
  • Les jolis garçons, JC Lattès, 2005 ; Le livre de poche, 2010.
  • Un soir de décembre, JC Lattès, 2006, Points seuil, 2007.
  • No et moi, JC Lattès, 2007, Le livre de poche, 2009.
  • Les heures souterraines,  JC Lattès, 2009, le livre de poche, 2011.
  • Rien ne s’oppose à la nuit, JC Lattès, 2011.

L’histoire

Dans « Rien ne s’oppose à la nuit », Delphine de Vigan a écrit sur sa mère … ou plutôt a raconté sa mère. Trois parties, trois phases de la vie de Lucile :

  • Son enfance dans sa tribu, entre un père charismatique et ambigu, et une mère enchaînant les grossesses,
  • Sa vie de jeune mère, et sa descente aux enfers, un entourage familial marqué par la période dite des suicides, le flirt avec la folie, les délires, les hôpitaux,
  • Et enfin celle de femme mature, d’une reconstruction progressive jusqu’à son choix ultime de mettre fin à sa vie.

Roman autobiographique, Delphine de Vigan s’est lancé pour réaliser ce projet dans une véritable investigation : recherches des souvenirs, rapports de police, lectures de lettres d’époques, journaux intimes,  films, interviews. Rien ne lui échappe afin de transcrire la vie de sa mère avec la constante volonté de demeurer la plus proche de la réalité. Même si elle a bien conscience que ce sera que SA réalité, qu’elle racontera SA Lucile. Ouvrage thérapeutique qui lui permet de plonger dans l’histoire familiale, d’essayer de comprendre le geste de sa mère et de rassembler les pièces d’un puzzle qui l’ont amenées  à commettre l’irréparable. Et elle trouve la réponse en fin d’ouvrage et pardonne enfin. Car, comme lui fait remarquer très justement son fils , alors qu’il doit faire un exposé sur le suicide et doit répondre à la question  « Peut-on empêcher le suicide de s’accomplir ? » : « Mon fils réfléchit un instant, note avec application la première part de sa réponse sur son cahier. Puis, à voix haute, sur un ton péremptoire et parfaitement détaché, comme si tout cela n’avait rien à voir avec nous, ne nous concernait en rien, mon fils répond lentement, à mesure qu’il note : « Non. Personne ne peut empêcher un suicide » Me fallait-il écrire un livre, empreint d’amour et de culpabilité, pour parvenir à la même conclusion ?».

Si le roman se transformait en musique

Le titre m’évoque immédiatement la chanson d’Alain Bashung, « Osez Joséphine ». Durant toute ma lecture, j’ai la chanson en fond sonore. Je crois à une coïncidence mais je découvre à la fin de l’ouvrage dans les remerciements que « le titre de ce livre est tiré de la chanson «Osez Joséphine ». Forcément …

Il n’empêche que j’ai lu le dernier roman de Delphine de Vigan, « Rien ne s’oppose à la nuit », dans le même tourbillon et avec la même fougue que le cheval au galop qui tourne autour d’Alain Bashung dans son vidéoclip. On en profite pour le revoir !

« Osez, osez Joséphine
Osez, osez Joséphine
Plus rien ne s’oppose à la nuit
Rien ne justifie »

Les thèmes traités

Le/les suicides, la folie, le poids des schémas familiaux, les rapports mère/fille, la nostalgie de l’enfance, la souffrance d’une petite fille grandie trop vite, le questionnement sur l’origine de l’écriture.

Morceaux choisis

« Je ne sais plus quand est venue l’idée d’écrire sur ma mère, autour d’elle, ou à partir d’elle, je sais combien j’ai refusé cette idée, je l’ai tenue à distance, le plus longtemps possible, dressant la liste des innombrables auteurs qui avaient écrit sur la leur, des plus anciens aux plus récents, histoire de me prouver combien le terrain était miné et le sujet galvaudé, j’ai chassé les phrases qui me venaient au petit matin ou au détour d’un souvenir, autant de débuts de romans sous toutes les formes possibles dont je ne voulais pas entendre le premier mot, j’ai établi la liste des obstacles qui ne manqueraient pas de se présenter à moi et des risques non mesurables que j’encourrais à entreprendre un tel chantier. Ma mère constituait un champ trop vaste, trop sombre, trop désespéré : trop casse-gueule en résumé. »

« Et puis, comme des dizaines d’auteurs avant moi, j’ai essayé d’écrire ma mère ».

« Sans doute avais-je espéré que, de cette étrange matière se dégagerait une vérité. Mais la vérité n’existait pas. Je n’avais que des morceaux épars et le fait même de les ordonner constituait déjà une fiction. Quoi que j’écrive, je serai dans la fable ».

L’avis de Mille et Une Femmes

 Un ouvrage à garder dans sa bibliothèque, touchant et poignant. On ne s’arrête que lorsqu’il est fini et on reste dans cet univers pendant quelques semaines.

 

Your email address will not be published. Required fields are marked *

*